« 13 février 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 156-157], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9031, page consultée le 01 mai 2026.
13 février [1840], jeudi, midi ¾
Bonjour mon Toto, bonjour mon petit homme. Vous avez été bien i hier en me menant avec vous. Vous pouvez
vous vanter de m’avoir fait une fameuse surprise de bonheur, j’en ai même rêvé
cette nuit. C’est tout plaisir que de m’en donner, jeu de mots à part, car je
trouve moyen de le multiplier indéfiniment comme font les miroirs des objets
qu’ils réfléchissent. Moi c’est mon âme qui réfléchit indéfiniment le petit
moment de bonheur que tu me donnes, c’est que je t’aime tant, mon Toto. Jour mon adoré, jour. Ah ! sacristie ! Ah !
sacré matin ! Ah ! nom d’un petit bonhomme1 que je vous aime ! Bénies soient la mère Pierceau et la mère Triger de m’avoir donné, chacune à leur
insua, une jambe de cette
fameuse culotte attendue et désirée
depuis si longtemps. Je leur souhaite un ou plusieurs maris aussi réjouissants
que ceux que nous avons vus hier.
Donnez vos chers petits pieds que je
les baise et aimez-moi la moitié de ce que je vous aime, je ne demande que ça.
Surtout ne mangez pas la pomme qu’un serpent prit pour un gâteau2 et n’oubliez pas de ne pas aller sans moi
au Vaudeville et partout ailleurs où il y a des baladines3. C’est dans huit jours que notre sort sera décidé4, je
voudrais bien que ce fût définitivement et sans appel car c’est bien
ennuyeuxb d’être
candidat mais c’est encore plus ennuyeuxc d’être académicien. Enfin nous en aurons le cœur net
jeudi prochain s’il plait à Dieu. En attendant je vous aime et je vous aimerai
de toutes mes forces et de toute mon âme.
Juliette
1 Série d’expressions que Juliette, dans sa lettre du 16 février 1840, attribue à l’acteur Arnal, extraites de Monsieur et Madame Galochard de Duvert et Lauzanne, vaudeville créé le 16 février 1836 au Théâtre du Vaudeville, où Arnal jouait le rôle de M. Galochard [Remerciements à Roxane Martin et Patrick Berthier].
2 À élucider.
3 On joue Les Intimesde Xavier, Duvert et Lauzanne au Théâtre du Vaudeville. Juliette redoute les fréquentations de Hugo dans ce théâtre où se produisent Mlles Balthazard et Fargueil.
4 Hugo est candidat à l’Académie française.
a « insçu ».
b « ennuieux ».
c « ennuieux ».
« 13 février 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 158-159], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9031, page consultée le 01 mai 2026.
13 février [1840], jeudi soir, 5 h.
J’ai trouvé M. Desmousseaux chez
Mme Pierceau, mon cher bijou, il vient de s’en aller à présent. Moi
je me dépêche de t’écrire dans le cas, très peu vraisemblable, où tu viendrais
me chercher pour me donner une seconde culotte. Je m’habituerais très bien à ce genre de vêtement, je
trouve qu’il me sied très bien, qu’en dites-vous ? J’entrecoupe ma lettre de :
toi qui berces mes songes…1 ou bien [Ma chère
Loui…ise ?] ou bien : ah ! ventrebleu, oh ! sacristie, etc. Et puis
j’ajoute : mon Toto est ravissant, mon Toto est adorable, je l’aime mon Toto de
toute mon âme. C’est une manière douce et charmante de t’écrire parce que tout
ce que je t’écris je te le dis en même temps. J’ai pour interlocuteur Mme Pierceau qui comprend très bien mes cris de joie,
mon enthousiasme et mon admiration pour toute ta chère petite personne adorée.
Vous avez encore regardé la grosse araignée velue et les lézards2, vilain homme, d’y
penser cela me donne la chair de poule cependant j’aime mieux cela que de vous
voir regarder les jolies femmes et même les laides. Baisez-moi vieux Toto,
aimez-moi, pensez à moi et regardez dans votre cœur, vous m’y trouverez à
genoux devant mon amour. Vous êtes mon Dieu, ma religion, mon étoile, mon
paradis, mon âme. Je t’aime. Sois-moi fidèle mon amour, pense à moi et
aime-moi.
Juliette
1 Citation d’un air de vaudeville dans Les Intimes, comédie-vaudeville en un acte de MM. Xavier, Duvert et Lauzanne, créée au Vaudeville le 4 février 1840. Depuis plusieurs jours Juliette est jalouse des actrices du théâtre du Vaudeville, dont Mlle Balthazard qui joue dans la pièce. Les paroles de cet air, « Toi qui berces mes songes, / De si riants mensonges », s’accordent au thème d’une intrigue d’adultère.
2 Caricature des académiciens ?
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
